Facebook
Le juif dans les épines
Grimm Märchen

Le juif dans les épines - Contes des Frères Grimm

Temps de lecture: 12 min

Un homme riche avait un valet qui le servait fidèlement : tous les matins le premier levé, et le dernier couché tous les soirs ; quand il y avait quelque besogne difficile qui faisait reculer les autres, s’y mettant toujours sans hésiter ; ne se plaignant jamais, toujours content, toujours gai. Quand son année fut expirée, son maître ne le paya pas. « Par cette adroite conduite, pensait-il, j’épargne mon argent, et mon domestique, ne pouvant pas me quitter, reste gentiment à mon service. »

Le valet ne réclama pas ; la seconde année se passa comme la première : il ne reçut pas encore ses gages, mais il n’en dit rien et resta toujours. A l’expiration de la troisième année, le maître finit par y songer ; il mit la main à la poche, mais il n’en tira rien. Le valet se décida enfin à lui dire : « Monsieur, je vous ai servi fidèlement pendant trois ans, soyez assez bon pour me donner ce qui me revient en toute équité ; je veux partir et voir le monde. — Oui, lui répondit son avare maître ; oui, mon ami, tu m’as bien servi, et tu seras bien payé. »

Là-dessus il tira de sa poche trois liards et les lui compta : « Je te donne un liard pour chaque année ; cela fait une forte somme, de plus gros gages que tu n’en aurais trouvé chez beaucoup d’autres. »

Le pauvre garçon, qui connaissait peu la monnaie, prit son capital et se dit : « Maintenant voilà mes poches pleines ; pourquoi désormais me donnerais-je du mal ? » Il se mit en route par monts et par vaux, chantant et sautant dans la joie de son cœur. En passant près d’un buisson, il rencontra un petit homme qui lui dit : « Où vas-lu, frère loustic ? les soucis ne te gênent guère, à ce que je vois. — Pourquoi serais-je triste ? répondit le jeune homme ; je suis riche, j’ai mes gages de trois ans qui sonnent dans ma poche.

— A combien se monte ton trésor ? lui demanda le petit homme. — A trois liards de bon argent, bien comptés.

— Écoute, lui dit le nain, je suis un pauvre homme dans la misère ; donne-moi tes trois liards ; je ne peux plus travailler, mais toi tu es jeune et tu gagneras aisément ton pain. »

Le garçon avait bon cœur ; il eut pitié du petit homme, et lui donna ses trois liards en disant : « Les voilà pour l’amour de Dieu ; je saurai bien m’en passer. » Le nain reprit alors : « Tu as un bon cœur ; forme trois souhaits, un pour chaque liard que tu m’as donné ; ils seront exaucés.

— Ah ! ah ! dit le jeune homme, tu te mêles de magie : Eh bien ! puisqu’il en est ainsi, je désire d’abord une sarbacane qui ne manque jamais le but, ensuite un violon qui force à danser tous ceux qui l’entendront, et enfin je souhaite que, lorsque j’adresserai une demande à quelqu’un, il ne puisse pas me refuser. — Tu vas avoir tout cela, » dit le nain ; et il entr’ouvrit le buisson : le violon et la sarbacane étaient là, comme si on les y eût déposés exprès. Il les donna au jeune homme en ajoutant : « Quand tu demanderas quelque chose, personne au monde ne pourra te refuser. — Que puis-je désirer maintenant ? » se dit le garçon ; et il se remit gaiement en route. Un peu plus loin il rencontra un juif avec sa longue barbe de bouc, qui restait immobile à écouter le chant d’un oiseau perché au haut d’un arbre. « Merveille de Dieu, s’écriait-il, qu’un si petit animal ait une voix si puissante ! Je voudrais bien le prendre. Mais qui se chargerait d’aller lui mettre du sel sous la queue ?

— S’il ne te faut que cela, dit le garçon, l’oiseau sera bientôt à bas ; » et il le visa si juste que la bête tomba dans les épines qui étaient au pied de l’arbre.

« Va, coquin, dit-il au juif, et ramasse ton oiseau. »

Le juif se mit à quatre pattes pour entrer dans les épines. Dès qu’il fut au beau milieu, notre bon garçon, pour lui jouer un plaisant tour, saisit son violon et se mit à jouer. Aussitôt le juif de se dresser sur ses jambes et de sauter ; et plus le violon jouait, plus la danse s’échauffait. Mais les épines déchiraient les guenilles du juif, lui étrillaient la barbe et lui mettaient le corps en sang. « Ah ! s’écriait-il, que me veut cette musique ? Laissez là votre violon, je ne veux pas danser. » Mais le garçon continuait, pensant : « Tu as écorché assez de gens ; que les épines te le rendent. » Le juif sautait de plus en plus haut, et les lambeaux de ses habits restaient suspendus aux buissons. « Malheur à moi ! criait-il ; je vous donnerai ce que vous voudrez ; si vous cessez de jouer, vous aurez une bourse pleine d’or.

— Puisque tu es si généreux, dit le garçon, je vais cesser la musique ; mais je ne puis m’empêcher de te faire mon compliment : tu danses dans la perfection. »

Sur ces mots il prit la bourse et continua son chemin. Le juif le regarda partir, et, quand il l’eut perdu de vue, il se mit à crier de toutes ses forces : « Misérable musicien, violon de cabaret, attends que je te rejoigne ! je te ferai si bien courir que tu en useras tes semelles. Mauvaise canaille ! mets-toi quatre liards dans la bouche si tu veux valoir un sou, » et autres injures que son imagination lui fournissait. Quand il se fut un peu soulagé et qu’il eut ainsi épanché son cœur, il courut à la ville trouver le juge. « Seigneur, j’en appelle à vous ! voyez comme j’ai été dépouillé et maltraité sur le grand chemin. Les pierres de la route auraient eu pitié de moi : mes habits déchirés ! mon corps écorché ! mon pauvre argent volé avec ma bourse !

de bons ducas, plus beaux les uns que les autres ! Pour l’amour de Dieu, faites mettre en prison le coupable.

— Est-ce un soldat, demanda le juge, qui t’a ainsi accommodé à coups de sabre ?

— Il n’avait pas d’épée, dit le juif, mais seulement une sarbacane sur l’épaule et un violon au cou. Le scélérat est aisé à reconnaître. »

Le juge envoya ses hommes à la poursuite du coupable ; le brave garçon avait flâné en chemin, ils ne tardèrent pas à l’atteindre, et ils trouvèrent sur lui la bourse d’or. Quand il comparut devant le tribunal : « Je n’ai pas touché au juif, dit-il, je ne lui ai pas pris son or ; il me l’a donné volontairement pour faire taire mon violon, parce que ma musique lui déplaisait. — Dieu me protège ! s’écria le juif, il prend les mensonges au vol comme des mouches. » Mais le juge ne voulut pas le croire, et dit : « Voilà une mauvaise défense ; les juifs ne donnent pas leur argent pour si peu de chose ; » et il condamna le garçon au gibet, comme voleur de grand chemin. Quand on l’eut conduit à la potence, le juif lui cria encore : « Canaille, musicien de chien, te voilà payé suivant tes mérites. » Le garçon monta tranquillement à l’échelle avec le bourreau ; mais au dernier échelon il se retourna et dit au juge : « Accordez-moi encore une demande avant que je meure. — Je te l’accorde, dit le juge, à moins que tu ne me demandes la vie. — Je ne demande pas la vie, répondit le garçon ; laissez-moi seulement, pour la dernière fois, jouer un air sur mon violon. »

Le juif poussa un cri de détresse : « Pour l’amour de Dieu ne le permettez pas ! ne le permettez pas ! » Mais le juge dit : « Pourquoi ne lui donnerais-je pas cette dernière joie ? C’est fait de lui, il n’y reviendra plus. » Il ne pouvait d’ailleurs refuser, à cause du don qu’avait le garçon de se faire octroyer toutes ses demandes. Le juif criait : « Ah ! mon Dieu ! attachez-moi, attachez-moi bien. » Le bon garçon prit son violon, et au premier coup d’archet tout le monde se mit à remuer et à s’ébranler, le juge, le greffier, les valets de bourreau ; la corde tomba des mains de celui qui voulait attacher le juif. Au second coup tous levèrent les jambes, et le bourreau lui-même laissa là le patient pour se mettre en danse. Au troisième coup tous commencèrent à sauter et à danser, le juge et le juif à leur tête, sautant plus haut que les autres. Enfin, la danse fut générale, et entraîna tous les spectateurs, gras et maigres, jeunes et vieux ; jusqu’aux chiens, qui se dressaient sur leurs pattes de derrière pour danser aussi. Plus il jouait, plus les danseurs bondissaient ; les têtes s’entre-choquaient, et la foule commençait à gémir piteusement. Le juge, hors d’haleine, s’écria : « Je l’accorde ta grâce, cesse ta musique. » Le bon garçon suspendit le violon à son cou et descendit l’échelle. Il s’approcha du juif qui était par terre et cherchait à reprendre son souffle, « Coquin, lui dit-il, avoue d’où te vient ton or, ou je reprends mon violon et je recommence. — Je l’ai volé, je l’ai volé, exclama le juif, et toi tu l’avais bien gagné. » Il s’ensuivit que le juge se saisit du juif et le fit pendre comme voleur.

LanguagesApprenez des langues. Touchez deux fois un mot.Apprenez des langues en contexte avec Childstories.org et Deepl.com.

Information pour l'analyse scientifique

Indicateur
Valeur
Indice de lisibilité selon Björnsson34,9
Nombre de Caractères8.484
Nombre de Lettres6.420
Nombre de Phrases89
Nombre de Mots1.502
Nombre moyen de mots par phrase16,88
Mots de plus de 6 lettres271
Pourcentage de mots longs18,0%
Rapport type-token (TTR)0,390
Rapport type-token à moyenne mobile (MATTR)0,843
Mesure de diversité lexicale textuelle (MTLD)108,9
Hapax legomena397
Longueur moyenne des mots4,33
Médiane de la longueur des phrases15,0
90e percentile de la longueur des phrases31,4
Part du discours direct50,9%
Complexité des phrases3,02
Connecteurs95
Cohésion référentielle0,018
Candidats personnages/nomsDieu (5)
Réseau de cooccurrence des personnagesaucun
Des questions, des commentaires ou des rapports d'expérience ?

Meilleurs contes de fées

Copyright © 2026 -   Mentions légales | Protection des données|  Tous droits réservés Alimenté par childstories.org

Keine Internetverbindung


Sie sind nicht mit dem Internet verbunden. Bitte überprüfen Sie Ihre Netzwerkverbindung.


Versuchen Sie Folgendes:


  • 1. Prüfen Sie Ihr Netzwerkkabel, ihren Router oder Ihr Smartphone

  • 2. Aktivieren Sie ihre Mobile Daten -oder WLAN-Verbindung erneut

  • 3. Prüfen Sie das Signal an Ihrem Standort

  • 4. Führen Sie eine Netzwerkdiagnose durch